Le Mot Ment à dire du lundi 20 novembre 2017

MtMent5

Pain d’épice de Gérard sur la table, aux raisins cette fois, nous avons discuté. Beaucoup. Nous avons écrit. Beaucoup aussi.

D’abord, toi, lecteur, ami, nous aimerions te dire que, demain soir, jeudi, au CCAN à Nancy, nous fêtons les cinq ans du Mot Ment. Nous avons prévu de la poésie, nos beaux sourires, à manger, à boire. Sur des papiers, dans des paniers.

Ensuite, nous aimerions te dire tout ce que l’on s’est dit.

Mathieu nous a dit Kamel Daoud. « Prenez le jour, rendez-nous la nuit ». Une chronique, 2010, l’Algérie, l’importance de se réapproprier la nuit.

Sophie nous a dit son amour des haïkus. Trois vers. Cinq, sept, cinq. De la saison. Du kookaï. De Bashô à Chipot.

Nous avons dit : – écrivons-en !

Alexane a dit non :

« La nuit, 
Blanche, 
Luminaire, 
Garder les pieds sur Terre,
La tête à l’envers, 
Orienter vers l’enfer. 
La pensée se délite, 
Idées hétéroclites, 
Fresque écrite.

La nuit, 
Verte, 
Ballade champêtre, 
Un myosotis peut-être. 
Champ de blé, 
Corde à sauter, 
Création de haïkus, 
Jambes à mon cou.

La nuit, 
Jaune, 
Droit dans ses bottes, 
Tout le monde trotte, 
Sur le trottoir, 
On verra ce soir. 
Ce qui court,
C’est le jour.

La nuit, 
Noire, 
Chercher le sécuritaire, 
Régression sectaire, 
On crie au vol, au viol, 
Machette, gâchette, 
Enfermement dans les cloisons, 
Création de sa prison. »

Mathieu s’est lancé, du haïkuku :

« Mon oeil gauche est lent 
Promesse et compromis
Il dit merde à l’autre
*
J’ai grimpé toute la nuit
De beaux yeux vert d’eau
Ma meuf, une montagne
*
En raie majeure les viscères
Une chienne au feu rouge 
Le très blanc de Vinau
*
Passant au coeur gris
Dernière morsure au couvercle
Vieille poubelle au cou vert
*
Je dessine des escargots
Volant sur la feuille
Les mots nus de Lisianne
*
Prince d’Arbizu
Je chante sous la pression
Cia, Haï, Kuku »

A427 a dit aussi :

« Déclaration
Aquaplaning orange
la Décision
*
Les mots froids sans doigts
Pain d’épice raisin
Creuse textes troués
*
Vers les siens retrouver
TGV Nöel
Laisser moitié secret
*
Vingt cinq Novembre froid
Ne pas oublier celleux
Briser les tabous »

Sophie a ajouté, Haïku 11 :

« Le ciel qui gronde
Deux avions en croisade
La mort sur septembre »

Lisianne nous a dit à quel point elle aime lire et relire Blanc de Thomas Vinau publié chez La cause littéraire. Des textes très courts, un par page, sans espace temps, du froid et des gens à qui l’on coupe trois doigts : « Nuits rouges, murs bleus de glace. Le sol est une peau, je n’ai pas froid ».

Textes crus, hachés menu, qui ont inspiré Nahida :

« Le poisson que l’on vide a la poitrine en deux.
Quand on l’ouvre, il sent la mer. 
Plus qu’aux écailles. Plus qu’au corps. 
La lumière il l’a perdue. 
La brillance, aussi. 
On éviscère des poissons comme on tricote un pull ; 
à l’époque, les marins tricotaient, les femmes ôtaient boyaux. 
L’un rejoint l’autre ; un dîner de poissons, dans un pull en laine. »

Ce à quoi, Théophile, jolie pochette à livre sous le bras, a répondu qu’il avait froid :

« Neige fondue sur tes épaules de géant.
Le vent se lève, les gens rentrent leur cou dans leur col de laine.
Radiateur, ra-di-a-teur et combien la facture
Combien neige-fondue-sur-épaule-géant
nei-du-sur-paules-ans
goutte à goutte
et ce ra-di-a-teur qui fuit
fuit-fuit-fuit-fuit-fuit
Ah et toujours combien la facture
et combien si chaudière craque, si panne
Si voyant clignote rouge 3 fois.
Manuel page 22 : problème joint, 
appeler réparateur agrée
Facture, facture sur épaules
de rien, de rien du tout
radiateur tiède, voilà tiède tiède tiède, salut. »

Pauline nous a dit que son amie en avait pleuré, alors elle l’a acheté. Les désorientés, d’Amin Maalouf. Approbation dans l’assemblée.

Gérard a dit, montré, Manifeste incertain, de Pajak, Frédéric Pajak. Un beau livre. Un texte, un dessin. Du noir et du blanc. L’histoire d’une vie. Conçu en Corse, né aux forceps dans une clinique à Suresnes, les myosotis de la grand-mère, l’arrivée de la seconde guerre mondiale.
Gérard en a dit plus, il en a écrit, des textes troués, pour toi, jeudi.

Enfin, Sophie a tout dit :

« Meeting-potes du 21-11-17

Dans mon rêve 
blanc
j’ai vu des mots coups de poing
rouge
de tes yeux ; la balle est dans ton camp
mr Jacques
costume Kookaï
ton peignoir bleu lettres d’or brodées
tu vas tous les défoncer
les Gide, Daoud, Maalouf
Amin
Ibrahim
Trompette dans la tête
J’écris en direct
Sans sifflet sans filet, Mme Susset
nous écoute, un rien de doute
incertain, je rêve
je suis Eve
debout, je suis partout
danse au théâtre rire au ballet
toul les moulins, rose l’opéra
manifeste, crie, cours dans la nuit
fête, écris, ne dors plus

Dans mon rêve 
blanc-je sais qui je suis »

Voilà, c’est dit. A jeudi. A lundi.