Le Mot Ment d’exclamation du lundi 29 janvier 2018

– Alors, on commence ? J’ai apporté du Duras, j’aimerai vous en lire des extraits, si vous me le permettez. J’ai lu ce tout petit livre, là, Ecrire, où elle parle de son rapport à l’écriture. « Si je n’avais pas écrit, je serai devenu une incurable de l’alcool. »
– Et le passage avec la mort de la mouche, il est marquant. 
– Et son engagement en politique ? 
– Et Françoise Sagan ? 
– C’est une rockstar, Sagan.

– Moi, je vous ai amené des haïkus. Parce que j’adore les haïkus. De Micheline Beaudry. Et il y en a trois qui m’ont marqué. Quand je les ai lu, je me suis dit « Oh ouais ». 
« Le politicien, 
Sa chaude poignée de main, 
Et mon vote »
« Le lichen 
Avale les lettres de la pierre
Tombale »
« Les oiseaux 
grattent déjà le ciel gris 
de leurs cris »
– OH OUAIS 
– Et bon, la petite allemande elle n’est pas là aujourd’hui, mais j’ai apporté un recueil franco allemand. Je lis en allemand ? 
– OH OUAIS

– En pleine période particulière, je me suis dit que j’allais vous présenter Le puits d’Ivan Repila. Et puis, en le cherchant, je suis tombée sur Le grand cahier d’Agota Kristof. Un chef d’œuvre, écrit avec des phrases très simples mais d’une grande force. Vous connaissez ? 
– NON
– C’est l’histoire de deux jumeaux écrivains pendant la guerre. 
– AH ! SI ! Je connais ! Je l’avais déjà présenté. Et tu ne nous présentes pas Le puits quand même ? 
– Vous voulez ? 
– OUI
– Bon, allez ! Deux frères, un fort, un faible, ils sont tombés dans un puits.

– J’aimerai vous lire des extraits de Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson. Vous le connaissez ? 
– NON, OUI, NON, OUI
– Donc c’est un écrivain, aventurier, géographe, qui a fait plein d’expéditions à travers le monde. Et ce livre, c’est son journal, quand il s’est installé six mois dans une cabane en Sibérie. 
– Et t’as lu Indian Creek de Pete From, Le Trappeur de Nicolas Vanier, David Vann ? 
– J’en profite pour rebondir. Ce matin j’ai écouté un podcast. C’était une lecture de Le grand marin de Catherine Poulain. 
– Ah, Catherine Poulain, elle est d’une force. C’est une histoire vraie en plus. 
– « Il faudrait toujours être en route pour l’Alaska. Mais y arriver à quoi bon. J’ai fait mon sac. C’est la nuit. Un jour je quitte Manosque-les-Plateaux, Manosque-les-Couteaux, c’est février, les bars ne désemplissent pas, la fumée et la bière, je pars, le bout du monde, sur la Grande Bleue, vers le cristal et le péril, je pars. Je ne veux plus mourir d’ennui, de bière, d’une balle perdue. De malheur. Je pars. Tu es folle. Ils se moquent. Ils se moquent toujours – toute seule sur des bateaux avec des hordes d’hommes, tu es folle… Ils rient. Riez. Riez. Buvez. Défoncez-vous. Mourez si vous voulez. Pas moi. Je pars pêcher en Alaska. Salut. Je suis partie. »

– Je me suis dit : la littérature antique, pourquoi pas ? Alors je vous ai apporté le Satyricon de Pétrone, un auteur latin. Il a été écrit il y a fort longtemps. 
– Avant le premier choc pétrolier. 
– On se demande comment ce livre, une histoire d’amour et de sexe, a pu passer les siècles ainsi. J’aimerai vous lire le discours de l’affranchi en colère. 
« Tu restes maintenant abruti comme un bouc dans un champs de pois chiche. »

– Allez, on écrit ? 
– OH OUI